Je viens de raccrocher à GM au téléphone.
Il faut savoir que Carole a révélé à GM la nature exacte et incurable de sa maladie une ou deux semaines auparavant. Et Carole me l'a seulement dit qu'hier.
Donc, j'appelle GM. On parle de choses et d'autres et je suis allée franco. As tu peur de ta maladie (et donc : as tu peur de mourir) ? GM n'a pas hésité et a répondu "Il faut bien mourir un jour. C'est une question de tôt ou tard. C'est une maladie dont on ne se remet pas de toutes façons". Elle me dit qu'elle se sait malade depuis longtemps, et que si elle avait été plus jeune comme le père de Man, elle aurait pu se remettre, mais plus maintenant. Elle est consciente d'avoir été sauvée en mars par notre amour et notre soutien. Elle espère pouvoir vivre encore deux-trois ans, idéalement pas dans la douleur. Elle trouve qu'elle a beaucoup de chance d'être entourée par autant d'amour, autant d'enfants, petits enfants et pièces rapportées qui sont si présents pour elle. Elle est contente de connaître Léo (et tandis que j'écris cela, j'ai le nez pris et les larmes aux yeux) et moi je lui ai répondu que j'aurais vraiment eu l'impression d'avoir raté ma vie si elle n'avait pas vu cela de moi. GM veut vivre !
Grand-Mère m'a donné tellement d'amour. Elle m'a appris la vie. Je ne sais pas ce que je ferai le jour où elle disparaîtra. Petite, à 4 ou 5 ans, je l'aimais tellement que je me jurais de me jeter sur son cercueil dans sa tombe pour mourir avec elle. Je voyais les pelletées de terre me recouvrir mais je m'en fichais, j'étais avec elle, je pouvais mourir alors. Je gardais le pain de la cantine de midi pour le lui donner le soir. GM est mon idole et la personne la plus importante de ma vie.
Je suis consciente également qu'on ne peut pas rattrapper le temps perdu. Tout ce qui me reste à faire c'est de lui offrir de la tendresse et l'entourer de douceur pour tout le temps qu'il lui reste à vivre.
